Se former à la rééducation neurologique en 2026 : ce que ça change vraiment dans notre pratique de kiné

En 2026, se former en neuro ne veut plus dire empiler des “techniques”, mais apprendre à penser, observer et décider avec précision face à des patients complexes. Intensité, dose, progression, objectifs : ce sont ces leviers concrets qui transforment vraiment ton impact clinique. Si tu as déjà eu la sensation d’être flou en neuro, la suite va te donner une boussole claire pour retrouver du sens… et de l’efficacité.

Se former en neurologie pour apprendre “des techniques neuro”, c’est passer à côté de l’essentiel.

La neurologie, ce n’est pas (ce n’est plus !) un catalogue d’exercices. C’est une manière de penser. Une manière d’observer. Une manière de décider.

Et quand on commence à raisonner en neurologie, notre pratique prend une autre dimension : on devient plus précis, plus stratégique, plus utile au patient.

C’est ce qu’il est important de transmettre en formation sur la prise en charge des patients atteints de pathologies neurologiques.

La neurologie n’est pas effrayante. Elle est tout de même exigeante.

Je comprends très bien la crainte : des patients fragiles, des troubles multiples, des évolutions irrégulières, parfois des troubles cognitifs, parfois de la fatigue, parfois de l’anxiété, parfois un entourage épuisé… On se dit : “Je ne vais pas être à la hauteur.”

Mais la vérité, c’est que la neurologie n’est pas un monde à part.

C’est la même démarche que vous appliquez déjà en sport, en MSK, avec les patients douloureux : comprendre le problème, hiérarchiser, tester, réévaluer, progresser.

Alors, en neurologie, il faut être précis :

  • précis dans ce que vous observez,
  • précis dans ce que vous mesurez,
  • précis dans ce que vous ciblez,
  • précis dans ce que vous dosez.

Et c’est exactement comme cela que l’on peut faire progresser les patients mais aussi les kinés dans leur approche clinique.

Ce que la formation apporte : une boussole clinique, pas une recette

Ce que je veux, c’est que vous repartiez avec une capacité que beaucoup de kinés cherchent sans forcément la nommer :

Savoir quoi faire… et surtout pourquoi vous le faites.

Dans ma pratique et dans l’enseignement, je vois souvent la même difficulté :

on “fait faire des choses” au patient (parfois très bien faites)… mais sans fil conducteur suffisamment solide.

En neurologie, ce fil conducteur, c’est votre raisonnement clinique.

Et mon objectif, c’est que vous puissiez le dérouler sans stress, même quand le patient est complexe.

Le vrai levier en neuro : la dose, l’intensité (oui oui !), la progressivité et les tâches orientées !

Une bonne technique mal dosée devient une mauvaise intervention.

En neuro, c’est criant. Le progrès ne vient pas d’un exercice “magique”.

Il vient de la manière dont vous construisez une exposition répétée, orientée vers la fonction, avec une intensité adaptée, et une progression logique.

Je veux que vous repartiez de la formation, en étant capable de répondre à des questions très concrètes :

  • Est-ce que je suis assez intense ?
  • Est-ce que je suis trop intense ?
  • Comment je fais quand la fatigue prend le dessus ?
  • Qu’est-ce que je mesure pour savoir si ça marche ?
  • Comment j’évite de m’agiter ou de me décourager sans progrès réel ?

Ce sont ces réponses-là qui changent votre impact clinique.

“Je ne sais pas par où commencer” : on commence par des objectifs qui veulent dire quelque chose

Une rééducation neurologique efficace, c’est souvent une rééducation qui a un cap simple :

  • Qu’est-ce que le patient veut retrouver ?
  • Qu’est-ce qui l’empêche réellement de le faire aujourd’hui ?
  • Quel est le prochain palier réaliste ?

C’est là que la construction d’objectifs type SMARTER devient pertinente, pas comme un acronyme scolaire, mais comme une arme anti-flou rééducationnel.

Quand vos objectifs sont :

  • Spécifiques,
  • Mesurables,
  • Atteignables,
  • Réalistes,
  • définis dans le Temps,
  • Evalués,
  • Révisables…

… vous vous mettez à travailler différemment. Et le patient aussi.

L’AVC comme “pathologie modèle” : pour apprendre à généraliser

J’utilise souvent l’AVC comme fil rouge. Pourquoi ?

Parce qu’il concentre un beau panel de la richesse de la neuro : motricité, équilibre, marche, membre supérieur, fatigue, participation, récupération.

Mais l’idée n’est pas de former “à l’AVC”.

L’idée, c’est que vous puissiez ensuite vous dire :

“OK. Même logique. Même méthode. Je sais comment structurer mes rééducations neuro.”

Et ça s’étend très bien à d’autres maladies neurologiques : Parkinson, SEP, blessé médullaire, traumatisme crânien… ou même à des patients “non neuro” qui présentent des difficultés motrices complexes.

Les thérapies innovantes, est-ce un piège ?

Réalité virtuelle, thérapie miroir, imagerie motrice, exosquelettes…

Ces outils peuvent être excellents - ou totalement inutiles - selon le contexte, le timing, le profil patient et l’objectif ciblé.

Ce que je veux vous transmettre ici, c’est une posture simple :

  • Ce n’est pas innovant parce que c’est technologique.
  • C’est innovant si ça augmente la qualité, la répétition, l’adhésion… et la fonction.

Autrement dit : vous saurez quoi intégrer, quoi laisser de côté, et comment l’intégrer sans perdre le sens clinique.

Ce que j’attends d’un kiné qui sort de cette formation

Je ne cherche pas à faire de vous des “experts absolus en 48h”.

Je cherche à vous rendre plus autonomes, plus solides, plus confiants.

À la fin, vous devez vous sentir capable de :

  • faire un bilan neurologique utile (pas un bilan “pour cocher des cases”),
  • repérer ce qui fait vraiment levier sur la fonction,
  • construire un plan de rééducation progressif,
  • doser l’intensité intelligemment,
  • mesurer l’évolution,
  • ajuster sans vous épuiser,
  • et surtout : aider le patient à retrouver un maximum d’autonomie réelle.

Et si vous vous dites : “La neuro, ce n’est pas mon truc”…

Alors je vais vous dire quelque chose d’assez fréquent :

beaucoup de kinés qui disent ça… n’ont pas peur de la neuro. Ils ont conscience qu’ils sont flous dans leurs prises en charge neuro.

Ils ne savent pas quoi cibler.

Ils ne savent pas quoi mesurer.

Ils ne savent pas évaluer si ça marche.

Et c’est exactement ce que cette formation vient éclairer.

En 2026, se former en neuro… c’est aussi faire un choix professionnel fort

Parce que oui : il y a plus de besoins, plus de patients, plus de parcours de soin complexes.

Mais au-delà des chiffres, il y a une vérité simple :

La neurologie remet du sens dans le soin. Elle vous replace au cœur d’un projet : redonner au patient du mouvement, des choix, des possibles.

Et pour un kiné, c’est une spécialisation qui a une valeur clinique immense… et une reconnaissance croissante.

Portrait

Julie Soulard est kinésithérapeute depuis 2015, docteure en sciences de la réadaptation et aujourd’hui ingénieure de recherche à l’Université Marie et Louis Pasteur. Elle enseigne à l'Institut de Formation des Professionnels de Santé de Besançon, filière kinésithérapie.

Au sein du laboratoire de recherche intégrative en neurosciences et psychologie cognitive, en collaboration avec le CHU de Besançon, elle continue d’approfondir ses domaines d’expertise en recherche (neurologie, analyse et rééducation du mouvement humain, activité physique). . Spécialisée en neurologie, elle s’intéresse particulièrement au contrôle moteur et du mouvement, à l’interférence cognitivo-motrice, et aux technologies de rééducation-réadaptation.

Engagée dans la profession, elle est membre du bureau de la Société Française de Physiothérapie et a contribué à plusieurs projets institutionnels en tant qu’experte, notamment avec la Haute Autorité de Santé (recommandations sur la rééducation de l’AVC en phase chronique, parcours de soins de l’AVC) et le Collège de la Masso-Kinésithérapie (spécificités en neurologie).

Pour en savoir plus :

Un podcast gratuit avec Julie SOULARD.

Des pistes pour enrichir votre clinique sous la forme d'un échange entre pairs, sur le temps d'un rendez-vous patient. > Podcast complet FC NEUROV4 - IFPEK Vidéos

Formation Neurologie et Rééducation – à Rennes | IFPEK & Julie Soulard